jeudi 17 mars 2016

Le Jardin des Poètes de Jeanne Marie, Léon Boyer 1883-1916, instituteur et poète du Cantal

Le Jardin des Poètes VENDREDI 18 mars 2016 … Léon Boyer, poète du Cantal (1883-1916)
Le Jardin des Poètes... une promenade poétique et musicale d’ARfm diffusée sur Radio Fréquence Paris Plurielle 106.3MHz . Chaque troisième vendredi du mois à l'heure du goûter,  Jeanne Marie vous invite à pousser la porte du jardin. Découvrir ou retrouver des poètes d'hier et d'aujourd'hui... http://jeannemarielapoesie.blogspot.fr/
Sur sa tombe on peut lire « Sous-officier brave et énergique, glorieusement tué à l’ennemi à Froide-Terre le 10 mars 1916. Soldat courageux et dévoué, tombé glorieusement pour le Salut de la Patrie le 10 mars 1916 en résistant avec la plus mâle énergie aux assauts répétés de l’ennemi ». Et s’il est un peu oublié aujourd’hui dans les manuels scolaires et les anthologies, le nom de Léon Boyer, poète du Cantal, figure au Panthéon de Paris parmi les noms des écrivains morts pour la France à côté de Louis Pergaud, Charles Péguy, et tant d’autres…Il avait 33 ans lorsqu’il perdit la vie, voici cent ans. Et afin de célébrer ce poète qui évoque les joies simples de l’enfance, les veillées, les fêtes et les foires, et fait revivre les animaux et les habitants de son village, entrons dans son Jardin des Poètes, à Falgères dans le hameau de Marchastel où il naquit, le 30 novembre 1883.
Troisième enfant d’une humble famille de paysans du Cantal, il partage ses jeux avec les enfants de son âge et jeune vacher, il observe la nature, les plantes, les animaux et les travaux des champs qu’il décrira en détail dans ses poèmes : faucheurs, moissonneurs, bouviers, laboureurs, migrants…A l’âge de onze ans, en 1894, sa mère disparaît en mettant au monde un sixième enfant qui mourut en même temps. Ce décès marque le jeune Léon qui écrira plus tard A ma mère, poème que je vais vous lire… l’image du cercueil « porté à bras de paysans » qui part de la maison natale pour aller vers « l’étroit cimetière » pénètre son cœur. 
Chez lui à Falgères, il parle en patois et à l’école, à Marchastel, où il se rend en sabots et en blouse par le chemin qui du village dégringole et par les durs sentiers en lacets, encombrés de maigres genêts,  il parle le français. Ecolier calme et appliqué, il a tendance à s’isoler pendant la récréation et à rêver… Il a treize lorsqu’il est reçu au Certificat d’Etudes, Premier du Canton couronné par une médaille d’argent par l’Inspecteur, monsieur l’Inspecteur du Prix Valentin !
Fière de ce succès, sa modeste famille l’aide à poursuivre ses études et il part à l’Ecole Primaire Supérieure de Murat en 1897, puis à l’Ecole Normale de Lyon en 1901. Fils de paysans, le jeune Léon Boyer devient instituteur et occupe divers postes, notamment dans l’Allier à Cusset, où il rencontre Marie Peronet, une institutrice ! Ils vont se marier et … promptement avoir deux enfants : Jean en 1910 et Elise en 1912. Homme simple, aimé de ses élèves et de ses supérieurs, il est mobilisé. Il commence à être connu comme poète, en 1911 il remporte un prix de poésie et son recueil Genêts et Rocailles paraît à titre posthume en 1920, aux Cahiers du Centre de Moulins-sur-Allier, grâce à ses amis littéraires, ses collègues et ses supérieurs hiérarchiques. Il meurt à Verdun le 10 mars 1916, il n’avait pas encore 33 ans.
  poèmes : A ma mère
Voici des ans, des ans que tu n’es plus, ô mère
Dont le départ laissa nos cœurs si douloureux
Et que tu nous quittas pour l’étroit cimetière….* 
 autres poèmes : 
Cerisiers en fleurs, Faucheurs,  Le Jars et A table *(extraits du recueil Genêts et Rocailles)
Son cousin Jean Freyssinet, le décrivait ainsi lors de cérémonies en l’honneur du poète en 1935 données à Murat. « Le cousin Léon n’était pas ce qu’on aurait appelé un taciture et même s’il s’était défini rêveur impénitent dans l’un de ses sonnets, il ne ressentait aucune aversion, bien au contraire, pour l’ensemble de la société. Personne ne saurait lui reprocher d’avoir été misanthrope, ce serait aussi injuste qu’aberrant. C’était un homme timide et réservé qui fuyait les palabres inutiles, leur préférant l’opportunité et il était enclin à la méditation et à l’observation. »

Sa correspondance avec son épouse a permis de connaître sa vie de soldat ; en provenance de Bézier et il arrive dans l’est en février 1916 et il passe en première ligne au mois de mars 1916 à soixante mètres des boches dans des tranchées primitives. Les colis de Cusset étaient bienvenus, surtout les confitures, les petits beures, et surtout le saucisson, le rôti et le bon morceau de lard qu’il réclamait à sa femme… Il pressentait certainement sa disparition car dans une lettre « Nous voilà en pleine bagarre et puisque mes camarades sont tombés auprès de moi, mon tour peut être là d’un moment à l’autre. Je ne me sens aucun frisson et je n’ai que cette inquiétude, de savoir que ma disparition va vous donner du chagrin à tous. » Quelques jours après cette lettre, le 10 mars 1916 il est tué par un obus avec cinq camarades.

        A MON PAYS
 O mon Pays sauvage et doux, voici mes vers…
Tu les reconnaîtras comme tes fils, peut-être ;
Tes bruyères, tes puys, tes rocs les ont vu naître,
Et vois : ils sentent bon tes âcres genêts verts.
                                                     
Ils sont frustes, rugueux comme tes houx amers,
Tes brandes où l’on voit la rocaille apparaître,
Heurtés des tintements des troupeaux qui vont paître
Et battus du grand vent bleu de tes cieux ouverts…

J’ai voulu qu’ils fussent gonflés de toi, ma glèbe !
Que survécût en eux le geste de la plèbe
Et qu’une âme vibrât du basalte moussu.

Mais j’ai peur, oh ! j’ai peur que ne soient vains mes rêves…
Et pardonne, Pays trop cher, si je n’ai su,
Fils indigne, chanter tes granits et tes sèves !

Illustrations musicales :
¯¯Folklore du Cantal…La Cabrette par Antonio et son orchestre, extrait des Archives Départementales dédié à Jean-François Coto, fabricant de cabrettes, cornemuses d’AuvergnePastourelle par La Pastourelle de Roannes Saint-Mary.Les Fiancés d’Auvergne, célèbre chanson de Jean Segurel et André Verchuren, par André Verchuren et son ensemble, enregistrée au cours d’un bal et reprise par le public.

* recueil disponible à l'Association des Amis de Léon Boyer, Marchastel 15400 Cantal
président Jean-Louis Andrieux tel 04 71 62 62 11

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