vendredi 15 mai 2015

Le Jardin des Poètes de Jeanne Marie d'avril 2915 deux poètes disparus JLuc Wauthier et Danielle Sabàn Lemkine

Le Jardin des Poètes vendredi 17 avril 2015

Ce Jardin des Poètes d’avril s’ouvre dans un magnifique printemps et deux amis disparus en mars nous invitent à les retrouver, tous deux poètes l’un de Belgique, Jean-Luc Wauthier, l’autre de France, la chanteuse Sabàn Lemkine…. mais oserais-je dire qu’ils venaient de ce monde sans frontières qui est le nôtre ? Que vous dire de Danielle Sabàn Lemkine, pianiste, auteur-compositeur-interprète, qui depuis quelque temps déjà avait lustré ses ailes pour rejoindre les anges, elle s’en est allée une nuit de mars "tout doucement, sans faire de bruit..." .
 Malgré les angoisses, les exils et les errances traversés dans l’enfance, Sabàan étudie le piano, le chant, comme beaucoup d’artistes, devient auteur-compositeur interprète, seule en scène, elle voyage à Paris et ailleurs, vit la bohême, les succès, les attentes et toujours en elle le flot mélodieux de la créativité. Une vie entière offerte à la poésie, à la chanson, ouverte au monde. Elle s'est envolée, vaincue par la maladie, à l'aube du vendredi 27 mars 2015 à Paris, près de son fidèle compagnon, Charles. Mais sa voix, son charme magnétique, la beauté de sa poésie et son humour demeurent en nous...
ÿÿ¯Sabàn chante Sabàn… Si l’amour existait 3’39

Jean-Luc Wauthier , né à Charleroi en 1950 et décédé le 15 mars 2015. Licencié en philosophie et lettre de l’Université de Liège en 1973, il a enseigné la littérature à l’Ecole Normale de Nivelles appelée aussi la Haute Ecole Paul-Henri Spaak pendant près de vingt ans et a été chargé de cours d’écriture poétique à l’Université Européenne d’écriture de Bruxelles.
Son premier recueil, Mon pays aux beaux noms, paraît en 1975, l’année suivante Morteville.
Poète et critique, Jean-Luc Wauthier est l'auteur d’une vingtaine de livres. En décembre 2003, les éditions de L'Arbre à paroles à Amay en Belgique ont réédité l'ensemble de son œuvre poétique publiée de 1976 et 1993, sous le titre Fruits de l'ombre. Suivront les recueils L'envers du ciel, 2007 ; Manteau de silence, 2010 publié aux éditions d’Ecarts à Dol-de-Bretagne et le dernier paru l’an passé Sur les aiguilles du temps chez Le Taillis-Prés.
Bien sûr, il a reçu des prix, mais j’aimerais souligner son travail de passeur de poésie et de critique dans les revues : MarginalesRevue généraleRevue internationale des critiques littéraires) et en qualité de rédacteur en chef du Journal des Poètes depuis 1991, il y illustrait et défendait la poésie du monde entier. Président du Centre francophone belge de l'Association internationale des critiques littéraires, président de la Maison internationale de la Poésie Arthur Haulot, administrateur des Biennales internationales de Poésie.

sur un pont de Paris... Sabàn-Lemkine, a gauche, avec Jeanne Marie
Jean-Luc Wauthier, poète
Gérald Purnelle «Visant à une réconciliation entre tradition et modernité, la poésie de Jean-Luc Wauthier recherche la découverte intérieure à travers une tension entre rêve et réalité. »
Poèmes de  L’envers du ciel  (Ed. d’Ecarts, Dol-de-Bretagne, 2007)

Je suis passé juste à côté du poème
 cet inconnu aspiré par les couloirs
de l’ombre et dont le visage
en clair-obscur, inconnu de tous
allait son chemin tandis que
je restais là, immobile, bras ballants, plein
 de ces mots papiers-cadeau 
 que nul n’écoute
 ….

 Alors même que je n’étais pas sûr
 de reconnaître
 la démarche oblique des mots glissés
 sous les portes du sommeil
 puis abattus comme un bouquet d’oiseaux
 sous le grand compas
du silence 
ÿÿ¯S Sabàn chante Sabàn …. Septembre 2’37

Et Michel Baglin, dans sa revue Texture :
De toute évidence, la révolte est à la source de la poésie de Jean-Luc Wauthier, comme le refus de« ces vies bien rangées et vomissantes, / où des facteurs incertains / n’apportent que des lettres lues / d’avance ». Refus, probablement lointain, de devenir un des ces êtres qui sont toujours là, « plus ou moins vivants / à veiller veulement sur un pays / de cendre ».  La vraie vie aura toujours bien du mal à être quotidienne et l’auteur, quand il se propose de faire de l’écriture, « un partage d’émotions et d’interrogations », n’oublie pas d’ajouter : « dans l’intensité ». Cette intensité dont procède le poème et qu’on croit reconnaître lorsqu’on « envie / ceux qui sont à tu et à toi / avec la vie ». Mais le quotidien use, « la vie passe et rien n’est dit » et le cœur se glace d’attente. Avec le temps, les pertes irréparables et la solitude intérieure qui grandit, le songe, le repli dans « l’abri obscur » où l’on tutoie la mort deviennent des tentations. Autre figure de la poésie, peut-être, que ces « grands livres de nuit » où se retirer le jour venu...poème de L’envers du ciel  (Ed. d’Ecarts, Dol-de-Bretagne, 2007)

Tu envies
ceux qui sont à tu et à toi
avec la vie 
 ….    Parfois, tu les imites
mal et pas très longtemps
comme eux, tu tentes
 d’allumer de longs flambeaux
 qui éclairent une arrière-cour
 déserte,
 mais très vite, tu éteins  le feu
 surgi  par hasard
 dans la maison des hommes

Critique dans Recours au Poème  la sortie du recueil Manteau de silence
Quel beau titre choisi par Jean-Luc Wauthier pour rassembler ses poèmes récents. Le silence initial préside à la poésie et c'est ce manteau là que le poète propose de poser sur les épaules d'un monde où le bruit, le froid et la solitude règnent en lieu et place de la liberté.
Le tissu de ce manteau est d'une bure chatoyante, tramé d'un fil interrogeant l'essentiel : la vie, le mystère de l'autre à l'intérieur de soi, le poème. Deux poèmes de Manteau de silence, Ed. d’Ecart, 2010)


Et toi, tu cours à
travers le temps
et tu disperses tes oripeaux
sur le grand manteau de la nuit
la poussière d'une étoile
les pas d'une biche
enfin venue boire
un instant
à la source de toi-même.

Ah, que je repose enfin dans l'enfance
Qui jamais ne cesse de dicter le poème
d'ouvrir notre corps malade
aux allées de lumière
à l'ordre des ténèbres épongées par la nuit
Ah qu'enfin je te retrouve, poésie,
petite fille aux allumettes
aux doigts gelés.
Et que flambe enfin toute la maison.

ÿÿ¯S Sabàn chante Sabàn… Je quitte tout, je pars 4’50
Au revoir chers auditeurs, je referme ce Jardin des Poètes d’avril avec J.S. Bach  et un air la Cantate Bwv85 Bertrand Dazin, voix d’Alto et Louise Audubert au violoncelle…. On se retrouve dans le joli mois de mai, le vendredi 15 mai à partir de 16 :30 sur Fréquence Paris Plurielle, ARfm 106.3 mhz…

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