vendredi 21 novembre 2014

Le Jardin des Poètes en novembre 2014, de Jeanne Marie émission radiophonique avec Mouloudji, Prévert, Boris Vian, Jean de la Ville de Mirmont et Barbara

Le Jardin des Poètes, vendredi 21 novembre 2014 , Fréquence Paris Plurielle-ARfm 106.3 Mhz

Générique Trenet L’âme des Poètes …¯¯  Un jour tu verras.... 

Le Jardin des poètes d’aujourd’hui  poursuit l’évocation de la vie de Mouloudji, commencée en octobre, Moulou comme on l’appelait amicalement, le poète chanteur engagé qui s’en est allé voici déjà vingt ans ; avec lui, nous saluons d’autres poètes et musiciens : Boris Vian, Jacques Prévert, Joseph Kosma. Deuxième partie de sa vie.
Mais auparavant,  allons nous promener dans la mélancolie de ce jardin de novembre, ô novembre temps de nos défunts ! à la rencontre du poète Jean de la Ville de Mirmont, fauché en pleine jeunesse sur le Chemin des Dames, il y a tout juste cent ans.
Né dans une famille protestante bordelaise, le 2 décembre 1886, Jean de La Ville de Mirmont, est fils de Sophie Malan et d’Henri de la Ville de Mirmont, un professeur de lettres, traducteur de Cicéron, et conseiller municipal de Bordeaux…. Nobody is perfect !
En 1908, Jean vient s’installer à Paris, d’abord dans une chambre rue du Bac, puis dans un petit appartement de l’île Saint Louis ; il travaille à la Préfecture de la Seine où il est fonctionnaire, rédacteur au service de l’assistance aux vieillards, aujourd’hui on dirait au service du 3e âge ou bien auprès des personnes âgées. « La vie est une salle d’attente », dit-il.
A Paris, Jean retrouve un autre bordelais, François Mauriac, un grande amitié que Mauriac évoquera dans notamment dans La Rencontre avec Barrès, publié en 1945.
Lorsque la Guerre commence, Jean de la Ville de Mirmont est mobilisé dès les premières heures avec le grade de Sergent au 57e Régiment d’Infanterie. Le 28 novembre 1914, un communiqué annonce : « À Verneuil, en Champagne, à cinq heures du soir, le sergent La Ville de Mirmont est enseveli avec deux de ses hommes sous une vague de terre, alors qu’il venait de refuser la relève… »
Une feuille de papier froissé, retrouvée sur sa table à écrire, portait ces vers :

Cette fois, mon cœur, c’est le grand voyage
Nous ne savons pas si nous reviendrons
Serons-nous plus fiers, plus fous ou plus sages
Qu’importe, mon cœur, puisque nous partons

Sur le Chemin des Dames à Verneuil-Courtonne (Aisne), le 28 novembre 1914 à la veille de ses vingt-huit ans, il meurt, enseveli sous un obus. Son œuvre trop brève, se compose d’une nouvelle autobiographique, Les Dimanches de Jean Dézert, publiée en 1914, qui est saluée par la critique, et de deux œuvres publiées à titre posthume : en 1929, Huit contes et d'abord en 1920, les poèmes de L’Horizon chimérique … les bateaux qui prennent la mer comme l’image des voyages impossibles et des désirs inassouvis. La mer évoquée, la mer qui s’éloigne de la terre… l’horizon, l’idéal où se cristallisent désirs et espérances.

Gabriel Fauré (1845-1924) compositeur sublime du Cantique de Jean Racine, du Requiem, de musique de chambre, de mélodies pour voix et piano… déjà âgé et atteint de surdité depuis l’année 1903, en pleine maîtrise de son écriture, est inspiré par ces poèmes ; il les met en musique à l’automne 1921 et les dédie à Charles Panzéra (1896-1976) chanteur suisse. Simone Dufay, dans l’Education musicale, à propos de la réédition de L’Horizon chimérique, chez Grasset écrit : « Impossible de passer par Bordeaux sans voir bouger à l’horizon l’aile de cet archange foudroyé…L’horizon chimérique, tout le monde dit que c’est de Fauré. Mais nous, les poètes, revenons en secret sur nos pas, afin de retrouver, le long des quais, entre les hangars à vanille et les masques de pierre ornant les façades, l’adolescent d’autrefois, l’enfant des fleuves qui rêvait de mer et qui, le premier, donna à ce ciel le titre d’Horizon chimérique. »
Le corps de Jean de la Ville de Mirmont fut exhumé puis rapatrié de l'Aisne par sa famille dans le cimetière protestant de Bordeaux.

…..Jean de la Ville de Mirmont, deux poèmes de L’horizon chimérique : La mer est infinie et Je me suis embarqué .

La mer est infinie 
La mer est infinie et mes rêves sont fous.
La mer chante au soleil en battant les falaises
Et mes rêves légers ne se sentent plus d'aise
De danser sur la mer comme des oiseaux soûls.

Le vaste mouvement des vagues les emporte,
La brise les agite et les roule en ses plis ;
Jouant dans le sillage, ils feront une escorte
Aux vaisseaux que mon coeur dans leur fuite a suivis.

Ivres d'air et de sel et brûlés par l'écume
De la mer qui console et qui lave des pleurs
Ils connaîtront le large et sa bonne amertume
Les goélands perdus les prendront pour des leurs. 
(L'Horizon chimérique) Jean de la Ville de Mirmont (1886-1914)

 Je me suis embarqué  (Andante moderato, ré bémol majeur)
Je me suis embarqué sur un vaisseau qui danse
Et roule bord sur bord et tangue et se balance.
Mes pieds ont oublié la terre et ses chemins
Les vagues souples m'ont appris d'autres cadences
Plus belles que le rythme las des chants humains.

A vivre parmi vous, hélas ! Avais-je une âme ?
Mes frères, j'ai souffert sur tous vos continents.
Je ne veux que la mer, je ne veux que le vent
Pour me bercer, comme un enfant, au creux des lames.

Hors du port qui n'est plus qu'une image effacée
Les larmes du départ ne brûlent plus mes yeux.
Je ne me souviens pas de mes derniers adieux...
O ma peine, ma peine, où vous ai-je laissée ?
(L'Horizon chimérique) Jean de la Ville de Mirmont (1886-1914)

¯¯ 3’41 Rappelle-toi Barbara de Jacques Prévert et Joseph Kosma  
 MOULOUDI  2ème partie
Dans Le Jardin des Poètes d’octobre, nous nous sommes arrêtés à l’année 1954, triomphale  dans la vie de Mouloudji chanteur auteur qui vient d’enregistrer son premier disque chez Vogue avec les titres"Rue de Lappe", "Si tu 'imagines" et "Barbara"
Deuxième partie de la vie de Mouloudji, une belle vie de travail, d’engagements, d’une âme toute entière vouée à la poésie, disparu voici vingt ans, que j’ai voulu saluer dans Le Jardin des Poètes d’octobre, ce fils d’un ouvrier maçon kabyle, originaire d’Algérie, et d’une mère bretonne, revenons sur sa jeunesse :
 né en 1922 dans le dix-neuvième arrondissement de Paris. Engagé comme son père dans le socialisme et le communisme, avec son frère André, tout en faisant mille petits boulots, ils chantent dans les rues, puis Marcel entre dès l’adolescence dans le mouvement Octobre où il rencontre Jean-Louis Barrault, Roger Blin. Ensemble ils participent à un immense mouvement artistique solidaire des grandes grèves de 1936. C'est ainsi qu'avec beaucoup d'artistes, il joue entre autres dans les usines.
Parallèlement au théâtre, Mouloudji démarre au cinéma. Grâce à Jacques Prévert, il rencontre Marcel Carné qui lui donne un petit rôle chantant dans "Jenny" en 1936 et dans l’après-guerre découvre Saint Germain des Près, son talent d’auteur-compositeur-interprète va peu à peu s’affirmer ainsi que ses idéaux. 
En 1951, il enregistre son premier disque avec "Rue de Lappe", "Si tu 'imagines" et "Rappelle-toi Barbara" et tourne en 1952 dans le film d’André Cayatte Nous sommes tous des assassins.  Puis il passe à Bobino et Jacques Canetti, patron des Trois Baudets lui fait enregistrer "Comme un p'tit coquelicot" qui remporte un énorme succès. Grâce à ce titre, Mouloudji obtient le Grand Prix du disque et le Prix Charles-Cros en 52 et en 53.
1954 est aussi l’époque d’un immense succès qui fera scandale avec la chanson de Boris Vian, Le Déserteur . En effet, le 7 mai 1954, jour de la Défaite de Dien Bien Phu, dans le Cabaret « La Fontaine des Quatre Saisons » à Paris,  Boris Vian crée Le déserteur, une chanson qui sera interdit de diffusion pendant longtemps.
 Toujours engagé et militant pacifiste, Mouloudji va connaître la censure lors de la Guerre d'Indochine avec Le Déserteur, manifeste anti-militariste écrit et créé par Boris Vian. Quand Mouloudji l'interprète au Théâtre de l'Œuvre le jour même de la chute de Diên Biên Phu, c’est le scandale. La chanson est interdite d'antenne. Seule la station Europe1 la diffuse. Cette première censure le poursuivra et Mouloudji, d'autres titres connaîtront le même sort.
¯¯ 2’50 Le déserteur 
Edité chez Vogue en 1961, Mouloudji  va créer une coopérative pour diffuser ses disques et ceux des autres, il lance en 1965 un jeune homme venu d’Australie installé en France, Graeme Allwright. Rejetant l'industrie du disque, Mouloudji n'a pas le succès qu'il a connu dans les années 50 avec le cinéma. En 1966, il monte même un salon de coiffure.
Lorsque surviennent les événements de Mai 68, c'est le militant politique qui chante dans les usines comme en 1936. Dans "Autoportrait" en 70, il évoque son métissage : "Catho par ma mère, musulman par mon père" et avec sa reprise de "Allons z'enfants" de Vian, il repart en guerre contre les militaires. Toujours présent lors de combats politiques français et internationaux de soutien à la gauche chilienne en 1974.
Cependant, un public très fidèle est toujours à l'affût de ses prestations scéniques. C'est ainsi qu'en 1974 lorsqu'il monte sur la scène du Théâtre de la Renaissance Idem en septembre 75 pour son retour à l'Olympia. Il monte quelques spectacles consacrés aux poètes comme ceux du Vieux Colombier sur Prévert ou Bruant, en 1976, il enregistre avec l'accordéoniste Marcel Azzola une anthologie du musette, "Et ça tournait" et un disque pour enfants composé exclusivement des textes de son ami Prévert. A 70 ans, en 92, une pleurésie lui enlève en partie sa voix
Il s'éteint le 14 juin 1994.
¯¯ 1’42  Les enfants qui s’aiment, Jacques Prévert et Joseph Kosma,  pour le film de Marcel Carné Les portes de la nuit, 1946. un drame poétique avec Yves Montand, Nathalie Nattier, Pierre Brasseur et Serge Reggiani
Les enfants qui s'aiment s'embrassent debout  
Contre les portes de la nuit  
Et les passants qui passent les désignent du doigt  …

Mais les enfants qui s'aiment  
Ne sont là pour personne  
Et c'est seulement leur ombre  
Qui tremble dans la nuit  
Excitant la rage des passants  
Leur rage, leur mépris, leurs rires et leur envie  

Les enfants qui s'aiment ne sont là pour personne  
Ils sont ailleurs bien plus loin que la nuit  
Bien plus haut que le jour  
Dans l'éblouissante clarté de leur premier amour...


La poésie simple de Van Parys pour la chanson "Un jour tu verras
en 1954 du film à sketches Secrets d’alcôve

Un jour tu verras
On se rencontrera
Quelque part, n´importe où
Guidés par le hasard

Nous nous regarderons
Et nous nous sourirons
Et la main dans la main
Par les rues nous irons

Le temps passe si vite
Le soir cachera bien
Nos cœurs, ces deux voleurs
Qui gardent leur bonheur

Puis nous arriverons
Sur une place grise
Où les pavés seront doux
A nos âmes grises

Il y aura un bal

Très pauvre et très banal
Sous un ciel plein de brume
Et de mélancolie

Un aveugle jouera
D´l´orgue de Barbarie
Cet air pour nous sera
Le plus beau, le plus joli

Puis je t´inviterai
Ta taille je prendrai
Nous danserons tranquilles
Loin des bruits de la ville

Nous danserons l´amour
Les yeux au fond des yeux
Vers une fin du monde
Vers une nuit profonde

Un jour tu verras… (reprise deux premiers couplets)

Je disais … allons nous promener dans la mélancolie de ce Jardin  des Poètes de novembre, ô novembre temps de nos défunts !
quand ceux qui vont s’en sont allés,
Pour toujours et à tout jamais,
Au jardin du silence
Que votre froide maison demeure
Dans les grandes allées sans arbres,
Je pense à vous ma mère….

Ces vers sont de  Barbara, celle qui depuis son enfance voulait devenir « pianiste chantante »  infinie poétesse auteur-compositeur qui a débuté en 1958 et s’en est allée un jour de novembre 1997. Barbara chante Göttingen de son premier album Barbara chante Barbara sorti en 1965. Avec elle nous vous disons à bientôt, chers auditeurs.
Prochains rendez-vous au Jardin des Poètes vendredi 19 décembre pour célébrer Noël et la poésie dans un jardin magique, et le vendredi 16 janvier 2015 autour de la légende des Rois Mages.   Le Jardin des Poètes, 3e vendredi du mois à 16h30 sur Fréquence Paris Plurielle, ARfm 106.3 Mhz.


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