lundi 16 juin 2014

 Le Jardin des Poètes de Jeanne Marie est ouvert pendant l'été, prochains rendez-vous sur 106.3 Mhz ARfm Fréquence Paris Plurielle  vendredi 18 juillet, vendredi 15 août à partir de 16h30 .... j'évoquerai l'été, les grandes vacances, la mer, la nature toujours et sans cesse, mais aussi les poètes et les chansons dans la Grande Guerre qui commença le 3 août 1914.... 

Le Jardin des Poètes de juin 2014            Le Jardin des Poètes... une promenade poétique et musicale sur ARfm - Fréquence Paris Plurielle 106.3MHz . Chaque troisième vendredi du mois à l'heure du  goûter,  Jeanne Marie vous invite à pousser la porte du jardin... 

Cécile Périn (1877-1959) 
Cécile-Elisa Martin, née à Reims le 29 janvier 1877, peu connue du grand public et même des amoureux de poésie. Elle épouse Georges Périn qui est aussi poète et critique. Le couple fréquente l’Abbaye des Poètes où se réunissent des artistes, principalement des poètes : elle est la seule femme à y être admise. Elle est parmi les jeunes poètes qui collaborent aux revues éphémères pendant la décennie qui précède 1914 ;  Le Divan, Le Beffroi, Vivre ! dans la Revue littéraire de Paris et de Champagne 1906. Elle écrit les recueils Les Pas légers, Sansot, 1907. Variations du Cœur pensif, Sansot, 1911. Au mois de juin 1914, voici un siècle, elle remporte pour La pelouse, édité chez Sansot, Prix national de Poésie 1914  « les 3.000 francs de la Bourse Nationale de Voyage ont été accordés à Madame Cécile Périn, autour d’un volume de vers intitulé la Pelouse qui reçoit également le Prix National de Poésie »Elle prend position contre la guerre dans son recueil Les Captives et son poème Les femmes de tous les pays est choisi par Romain Rolland pour son anthologie, Les Poètes contre la guerre.
Son époux, Georges Périn, meurt en 1922 et sa poésie va longtemps porter la mélancolie du deuil Les Ombres heureuses, Dans le labyrinthe, Finistère.
A la veille de ses 80 ans, elle reçoit en 1956, trois ans avant sa disparition, le Prix de Poésie de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre…

 les poèmes de Cécile Périn
Le verger 
Les fruits mûrs croulent au verger,
Au verger bourdonnant d’abeilles
Nous avons cueilli les groseilles
Et nos mains sont toutes vermeilles
D’avoir froissé les fruits légers.

Fraîcheur exquise et printanière
Des jeunes fruits tout embués
De rosée et d’aurore claire !
Rire des cerisiers parés
De cerises dans la lumière !

Viens ! l’or des saisons goutte à goutte
Coule dans le cœur parfumé
Des treilles d’ambre et des pêchers
Que l’automne aux doigts roux veloute
Les fruits murs croulent au verger…
                        Vivre !

Chant à voix basse
Chante. La mer s’écrase au bord des rochers noirs ;
Même en dormant, elle palpite.
Chante à mi-voix. Le vent frais et léger du soir
Ramène les vagues en fuite.

Sur l’immensité bleue et laiteuse, au couchant,
S’allongent des reflets de cuivre,
Et de son grand vol courbe une mouette fend
Le ciel limpide et le fait vivre.

Tout est souple, le vent, la vague, les oiseaux,
Devant tes yeux, contemplative !
Sois vibrante et sensible aux plus faibles échos,
Ne demeure jamais passive.
(Inédit pour l’Anthologie des poètes contre la guerre, 1919)

Henri de Régnier (1864-1936) 
Poète et romancier, natif de Honfleur, en Normandie, Henri de Régnier commence des études de droit afin d'entrer dans la diplomatie ; mais il aime tant la littérature et la poésie qu'il se tourne vers les lettres et  à vingt ans, il propose ses poèmes à des revues symbolistes de France et de Belgique qui acceptent de le publier à partir de 1885. Henri de Régnier assiste régulièrement aux « mardis » de Stéphane Mallarmé, chef de file de l’école symboliste, qui l’encourage à écrire et à publier entre 1887 et 1890 ses Poèmes anciens et romanesques. En 1895, il se marie avec Maria, une des filles du poète français d’origine cubaine, José Maria de Heredia. Très belle femme « libre » qui devient deux ans après leur mariage la maîtresse de Pierre Louÿs,  Maria devient une Muse de la Belle Epoque et  publie aussi des romans et des poèmes sous le pseudonyme de Gérard d’Houville. Avec Poèmes anciens et romanesques (1889), Henri de Régnier a acquis une place dans le monde littéraire.
D’œuvre en œuvre, poète avec principalement Tel qu’en songe (1892), Aréthuse (1895), Les Jeux rustiques et divins (1897), Les Médailles d’argile (1900), La Cité des eaux (1902), La Sandale ailée (1905), Le Miroir des heures (1910) et d’autres titres encore,  sans cesser d’être classique il va vers toujours plus de liberté dans la forme.
Il est aussi de conteur et  romancier, avec La Double maîtresse, paru en 1900 roman freudien avant l’heure, Les Vacances d’un jeune homme sage (1903), La Peur de l’amour (1907), La Flambée (1909), La Pécheresse (1920), L’Escapade (1925)… Et s’il n’est pas comme le soulignait Rémy de Gourmont « le plus poète de nos poètes » il représente la tradition du vers français considéré comme la mesure du goût esthétique… » André Gide et Marcel Proust eux aussi l’admiraient infiniment pour la délicatesse de son écriture.
Elu à l’Académie française en février 1911, il passe quelques années à Venise, écrit beaucoup et meurt à Paris en 1936 à l’âge de 62 ans en laissant une œuvre poétique et romanesque abondante.

les poèmes d'Henri de Régnier
Odelette
Un petit roseau m’a suffi
Pour faire frémir l’herbe haute
Et tout le pré
Et les doux saules
Et le ruisseau qui chante aussi ;
Un petit roseau m’a suffi
A faire chanter la forêt.

Ceux qui passent l’ont entendu
Au fond du soir, en leurs pensées,
Dans le silence et dans le vent,
Clair ou perdu,
Proche ou lointain…
Ceux qui passent en leurs pensées
En écoutant, au fond d’eux-mêmes,
L’entendront encore et l’entendent
Toujours qui chante.

Il m’a suffi
De ce petit roseau cueilli
A la fontaine où vint l’Amour
Mirer, un jour,
Sa face grave
Et qui pleurait,
Pour faire pleurer ceux qui passent
Et trembler l’herbe et frémir l’eau ;
Et j’ai, du souffle d’un roseau,
Fait chanter toute la forêt.
            (Les Jeux rustiques et divins : Les Roseaux de la flûte, Mercure de France 1897)

Le jardin mouillé
La croisée est ouverte ; il pleut
Comme minutieusement
A petit bruit, et peu à peu,
Sur le jardin frais et dormant,

Feuille à feuille la pluie éveille
L’arbre poudreux qu’elle verdit ;
Au mur on dirait que la treille
S’étire d’un geste engourdit.

L’herbe frémit, le gravier tiède
Crépite et l’on croirait, là-bas,
Entendre sur le sable et sur l’herbe
Comme d’imperceptibles pas.

Le jardin chuchote et tressaille,
Furtif et confidentiel ;
L’averse semble, maille à maille,
Tisser la terre avec le ciel.

Il pleut, et les yeux clos, j’écoute
Le jardin mouillé qui s’égoutte.
(Les Médailles d'Argile, Mercure de France, 1900)

Le jardin
 Tu m’as vu bien souvent de ton verger voisin
Où le pampre vineux annonçait le raisin
Bien souvent tu m’as vu par-dessus cette baie
Que l’épine hérisse et que rougit la baie,
Tout un jour, de l’aurore au soir, en mon enclos…

Il est humble, petit, mélancolique et clos.
Sa porte à claire-voie ouvre sur la grand’route.
Une fontaine au fond s’épuise goutte à goute
Et ne remplit jamais qu’à demi le bassin.

La ruche, dans un coin bourdonne d’un essaim
Qui rentre sous son toit dès que les fleurs sont closes.
Tout est calme, un rosier balance quelques roses
Qui s’empourprent dans l’ombre auprès d’un vieux laurier.

Le jour s’en va, rayon à rayon, bruit à bruit ;
Et la ruche incertaine et la rose indistincte
Sont l’une d’or pâli, l’autre de pourpre éteinte ;
Le crépuscule est à genoux devant le soir
Le laurier lentement se bronze et devient noir.
(Mercure de France, 1900)



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire