samedi 7 août 2010

Jeanne Marie et les rencontres poétiques

Jeanne Marie et les rencontres poétiques

Partout dans le monde, les poètes connus ou inconnus se rencontrent, se découvrent, chantent leurs maîtres. Parlons de ces lieux de rencontres, de ceux qui les animent et les habitent pour que vivent les poètes !
Voici mes impressions de rencontres poétiques auxquelles j’assiste à Paris, ces brèves chroniques sont écrites pour la toute jeune revue Rose des Temps de l’Association Parole & Poésie (7 villa Frédéric Mistral, Paris Xve) . Printemps 2010.


« Aragon, prosateur et poète enchanteur », récital poétique & musical de Nicole Durand et Jean-François Blavin, à la guitare Bernadette Nicolas. La Cave à Poèmes de Gérard Trougnou, au Théâtre des Déchargeurs, rue des Déchargeurs, Paris 1er. Lundi 17 mai.2010
Ce lundi-là, on se presse au rendez-vous. La Cave à Poèmes déborde, on s’assoit comme on peut, jusqu’en haut de l’escalier. Un silence frémissant accueille les récitants. Les aficionados sont venus retrouver le poète, le romancier et le l’homme de combat, et dans le regard clair et la belle assurance de Nicole Durand, dans les mains et la voix vibrantes de Jean-François Blavin, sur les cordes de la guitare de Bernadette Nicolas, Louis Aragon est là dans l’éblouissante magie de son arc-en-ciel.
Il est là et ouvre des fenêtres infiniment sur d’autres ciels… des errances d’Aurélien, déjà mort dans les tranchées qui s’éprend, avide d’absolu, de la fuyante Bérénice, au Fou d’Elsa, dans les miroitements de l’amour et du désir, de l’insaisissable réalité à l’imaginaire de celui « qui va demeurer dans la beauté des choses », … dans les fureurs de la guerre et dans les engagements, il chante toujours ce rêve du poète qui suspend l’auditoire sur son passage, comme statues figées dans les allées d’un parc …. « un jour d’épaule nue, où les gens s’aimeront, / un jour, comme un oiseau, sur la plus haute branche. » (J.M.)


« LA FEMME et Visages de femmes dans la création de Francine Caron » par Francine Caron, avec les voix de Nadine Lefebure, Suzanne Le Magnen, Catherine Jarrett, Jeanne Marie et Christian Deudon, au Territoire du Poème, fondé par Anne Stell, animé par Christian Deudon, à la Brasserie François Coppée, 1 Bd du Montparnasse, Paris 6e. Vendredi 21 mai.
Christian Deudon a invité la poétesse angevine à l’insondable regard. Dans le timbre chaud et mélodieux de sa voix, de ses multiples voix, Francine Caron se livre depuis qu’elle est tombée du paradis « …du plus loin que je me souvienne, c’est un visage de femme que je vois, celui de ma mère… mi-exaltante, mi-distante… ». Lyrique, émue et touchante, elle parle de son enfance dans la poche de Saint-Nazaire pendant la deuxième guerre mondiale, puis des amis en poésie, entremêle le temps, Oradour, le sang de la femme, les saisons, les rythmes de la mer, l’amour-éros, la femme-oiseau, l’humour et les brèves de comptoirs. LA FEMME, Eve, la muse première, sa mère ? ( « Sur 7 tableaux de Caillaud d’Angers ») et les Visages de femmes, reines et souveraines dans ses oeuvres « Terres Celtes », « Femme majeure », « Egyptiennes », « Grand Louvre », « L’année d’Amour », « Chroniques de renaissance », « Jardin de simples », « Planète Foot War Planet » et « Ars Amandi ». Dans la douleur et dans la joie, Francine Caron, divine enchanteresse. (J.M.)


« Jean-Luc Despax » présenté par Bernard Fournier au Mercredi du Poète de Jean-Paul Giraut, Brasserie François Coppée, 1 Bd du Montparnasse, Paris 6e. Mercredi 26 mai.
Agrégé de littérature étrangère, professeur de lettres modernes à Versailles, chroniqueur dans le mensuel Aujourd’hui Poème, Jean-Luc Despax vit dans la mêlée et sa balade poétique et épique « Dominique de Villepinte », contenue dans son dernier recueil « Des raisons de chanter » (Ed. Le Temps des Cerises) est le cri d’alerte de la révolte des jeunes… « Le poète ne doit pas céder aux sirènes de la consommation et doit se servir des mots comme d’un instrument de communication entre les hommes ! ».
Homme engagé, ne mâchant ni ses mots ni ses colères, Jean-Luc Despax a le courage de ses passions et de son amour pour les valeurs républicaines. Il provoque, il attaque les médias qui se taisent, il veut porter la voix de ceux qui sont condamnés à être tus. Une poésie de résistance et de révolte qui ne doit pas sombrer dans le pessimisme. (J.M.)


« Les chansons des rues et des bois, ou Quand Victor Hugo se repose des alexandrins » par Pierre Blavin, à la Cave à Poèmes de Gérard Trougnou, Théâtre des Déchargeurs, 3 rue des Déchargeurs, Paris 1er. Lundi 31 mai .
Délicieuse soirée où les tragédies du XIXe siècle sont presqu’oubliées. Pierre Blavin invite chez Victor Hugo avec vingt-cinq poèmes sortis des.Chansons des rues et des bois, œuvre de 1865 à la tonalité humoristique et lyrique, partagée entre jeunesse et sagesse. Une tonalité que l’on retrouve dans la lecture des poèmes faite par le public de la Cave à Poèmes dans un kaléidoscope de talents où Jeanne et les jeunes filles, les belles meunières et autres lavandières sont chantées sur tous les rythmes, jusqu’à ce bal champêtre parodié au piano. En finale, Pierre Blavin enfourche « Pégase » avec maestria et enflamme une ambiance déjà chaleureuse. Victor Hugo vaut bien cette apothéose ! (J.M.)

« José Maria de Heredia », présenté par Roseline Chevalier, récitant Jean-François Blavin pour L’Amitisme, de Catherine Moreau-Chevrier. Brasserie François Coppée, 1 Bd du Montparnasse, Paris 6e.Mercredi 2 juin.
Une belle idée pour ce poète français du groupe des Parnassiens, né à Cuba en 1842, un peu oublié, dont la riche vie est contée par le menu détail. Dans cette lecture exhaustive, énumération de dates et d’œuvres, la poésie tarde à apparaître et lorsque Jean-François. Blavin dans ses belles inflexions entame « Les conquérants , on sent l’audience s’éveiller et s’élancer sur les sonnets de José Maria de Heredia…comme un vol de gerfauts. (J.M.)

« Tableaux parisiens de Charles Baudelaire », spectacle poétique d’Aumane Placide et Patrick Picornot, à l’accordéon diatonique : Mélanie Garçon. Café La Belle Vie Saint-Martin, 121 rue du Faubourg Saint-Martin, Paris 10e. Dimanche 6 juin.
Près de la gare de l’Est, un dimanche après-midi dans un café portes ouvertes sur une rue passante et populaire, on ne pouvait rêver cadre plus vivant pour entrer dans le Paris de Baudelaire. Rencontre originale à l’ombre de l’église Saint Laurent et, même si les allées et venues des clients ou la bruyante pétarade d’une mobylette aspirent un vers ou deux du poète, tout le charme est là pour cette évocation du Paris rouge, celui des barricades, de la misère et des vieilles gens, celui des faubourgs aux barrières de la capitale dans le contrepoids de l’opulent Paris haussmannien et de la spéculation. Scandée par la plainte de l’accordéon, une lecture à deux voix et une analyse où transparaissent l’humanisme et la révolte. « Baudelaire est mort en 1867. Aurait-il été communard, lui qui s’était dit dépolitiqué.? »(J.M.)

« Manuel pour séduire les princesses » de José Maria Paz Gago, récitante Nicole Barrière, présenté par Philippe Pujas, au Pen Club français, 6 rue François Miron, Paris 4e. Jeudi 10 juin.
Un auteur contemporain espagnol invité pour une lecture de son recueil de poèmes d’amour dont le titre original « Manual para enamorar las princesas » vient d’être édité en version bilingue dans une édition franco-macédonienne (Editions Poetiki, 2010).
« J’ai été sensible à l’écriture de José Maria Paz Gago, j’aime ces poèmes où l’ironie joue avec la fragilité du temps, ce qui est rare chez un poète », souligne Philippe Pujas en terminant sa présentation.
« Mon rapport personnel envers le temps et l’amour est dans l’ironie, répond le poète charmeur. A Venise, j’ai rencontré une princesse vénitienne et ailleurs, d’autres princesses… En chaque femme, je crois qu’il y a une princesse ! »
José Maria Paz Gago lit en espagnol, Nicole Barrière en français, ces odes à la femme, poèmes de séduction, brèves rencontres où la sensualité et les sentiments jouent avec le lyrisme. Qu’on ne s’y trompe pas !. Sous l’apparente légèreté se cache un rêveur… rêvant peut-être de l’impossible amour. (J.M.)

Jean-Marc Gilory, par lui-même avec Monique Labidoire et Jean-Paul Giraut au « Mercredi du Poète ». Brasserie François Coppée, 1 Bd du Montparnasse, Paris 6e.
La mer est la source première de l’inspiration du poète-marin comme il se définit lui-même. La mer, la terre, le réel, l’imaginaire, la mer-mère est une femme, le désir, la vie fœtale. Poèmes dont chaque recueil commence par un S comme Sonnailles océanes, Sacre, Suroît…., nouvelles où l’on retrouve ses thèmes favoris dans cette atmosphère spécifique des gens de mer.
Jean-Marc Gilory parle aussi de son expérience d’éditeur : « Nous étions sept ou huit et nous avons voulu faire quelque chose pour que des poètes aux multiples talents puissent se faire entendre…Ce fût une folie car nous avions la prétention de faire du social…et nous pouvons équilibrer nos comptes grâce au bénévolat… » Les éditions Sac à Mots sont nées en 2002 et ont publié trente-neuf auteurs. Le quarantième livre paraîtra à l’automne. « Il est actuellement à la correction. Nous publions de la poésie contemporaine « habitable » : un non-initié doit avoir 80% d’accès à nos publications, rien d’abscons, l’université s’en charge ! »(J.M.)

« Expansion du domaine de la bulle ou Nanofictions» de Sylvestre Clancier, au Pen Club français, 6 rue François Miron, Paris 4e. Jeudi 24 juin.
Jour de la saint Jean d’été « à l’heure où les feux s’allument » précise l’invitation, Sylvestre Clancier lit quelques textes de son dernier livre Expansion du domaine de la bulle », sous-titré Nanofictions, qui vient de paraître dans une belle édition artisanale de la Collection (In Vitro) chez Le Grand Incendie.
« Ces textes que j’appelais dans ma jeunesse des Psychospectives, des perspectives psychologiques, je les ai écrits entre dix-neuf et vingt-et-un ans. J’avais envie de les réunir … »
Entre poésie et prose, l’absurde et la fantaisie se partagent ces textes humoristiques où les personnages et les choses marchent à la lisière des rêves et des mots, images fugaces, jeux de mots, visions fantastiques ou acrobaties somnambulesques dans une atmosphère qui rappelle parfois Jorge Luis Borges.(J.M.)

« Impromptus poétiques » avec Bruno Doucey et Michel Valmer, lectures de Suzanne le Magnien et Jeanne Marie, au Territoire du Poème, de Christian Deudon. Brasserie François Coppée, 1 Bd du Montparnasse, Paris 6e. Vendredi 18 juin.
Deux poètes présents pour ces Impromptus du dernier Territoire du Poème de la saison « qui est comme le dernier jour de l’école quand la classe est à l’heure buissonnière » annonce joyeusement Christian Deudon, tandis que le Marché de la Poésie est dans sa 28e édition sur la Place Saint-Sulpice.
Bruno Doucey en vient, laissant son stand le temps de cette rencontre. « Ce même Stand F10 que j’avais avec les éditions Seghers … quelle coïncidence ! ». Aujourd’hui, après le saut dans le vide et cette douloureuse séparation, Bruno Doucey, poète simple et généreux aux allures de bûcheron canadien, vient de créer les Editions Bruno Doucey, une Sarl familiale, et publie quatre poètes et hors commerce son Oratorio pour Federico Garcia Lorca.
« Ce qui me séduit et me rapproche de Bruno, dit Michel Valmer ému de ces retrouvailles, c’est ce côté passeur, il me rappelle que l’autre est moi. Cet esprit de rapprochement est universel, j’aime cet élan…Pour moi, la poésie comme le théâtre est le rideau qui s’ouvre sur l’improbable… »
Rencontre passionnante, fenêtre ouverte sur deux mondes poétiques : chez Bruno Doucey la lumière et l’harmonie avancent main dans la main dans un indicible lyrisme, tandis que Michel Valmer, toujours en recherche, dans l’émotion réflexive, se penche sur l’obscur en l’autre afin de survivre.(J.M.)

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